samedi 10 janvier 2015

Bonne année à l'humanité de bonne volonté !

Les  barbares n'y pourront jamais rien : le grand Duduche continuera pour toujours à rêver à la fille du proviseur. 
Avec une pensée pour toutes les victimes de ce nouveau fascisme.
Dessin : Jean Cabu.

jeudi 18 décembre 2014

Un conte de Noël



Il sortit du jardin des Tuileries. Il n’était pas tard, mais la nuit était déjà bien installée. La nuit, c’est à dire les lumières, les illuminations, les guirlandes, les étoiles clignotantes. Un peu plus tôt il était monté jusqu’à l’orée des Champs Élysées, avait frôlé un marché de Noël, une débauche de lumières bleues, rouges, qui baignaient des petits chalets alignés  où l’on vendait de quoi boire, manger, des souvenirs, des peluches, des bonnets de Père Noël. Un bonnet, il en avait déjà un, heureusement, vu le froid de gueux, mais un bon verre de vin chaud à la cannelle, il n’aurait pas dit non. Il n’avait pas emprunté l’allée centrale du marché, avait fait demi-tour, levé les yeux sur la Grande Roue qui tournait paresseusement. Paris devait être belle, vue de là-haut. À présent, il remontait vers la place Vendôme. Il traînait un peu la patte, une vieille entorse se rappelait à son bon souvenir. Des travaux étaient en cours sur la place. Il longea une palissade, passa devant l’entrée d’un palace : la lumière y était chaude, discrète. Il suivit la courbe du trottoir. Une femme jeune et élégante le croisa d’un pas rapide, lui jeta un regard agacé. Ou peut-être le regard s’adressait-il aux palissades qui défiguraient la place ? Il s’arrêta un instant, la suivit du regard. Elle s’engouffra dans le palace. Elle ne s’était pas retournée. Il reprit son chemin. En passant devant l’entrée d’un autre palace, plus discrète celle-là, il s’amusa à regarder le prix des chambres. Plus loin sur la droite, un immeuble était habillé d’immenses panneaux éclairés vantant une marque de luxe. Il poussa jusqu’à la place de l’Opéra. Il aimait cette place, il arrivait facilement à y rêver. Ce soir, spectacle, musique, une coupe de champagne à l’entracte. Il remonta le boulevard. Il marchait au bord du trottoir pour ne pas gêner le flux et le reflux des passants. Des couples d’amoureux se souriant, se disputant. Des ados rivés à leur leurs smartphones. Des femmes ou des hommes d’affaire, vêtus de gris coûteux, eux aussi rivés à leurs smartphones. Les restaurants commencent à se remplir. Il s’approche d’une carte à l’entrée d’une brasserie : après l’opéra, une douzaine d’huîtres avec un verre de Gros Plant, et puis il fait faim, on enchaînerait sur poulet-frites, oui tout simplement, et tarte aux pommes, café. Il n’était pas très tard, mais il était fatigué. Pas étonnant, après une telle soirée, l’opéra, le restau. Il avait un peu de mal à respirer, souvent le soir, avec le froid, l’humidité. Il cherchait du regard un emplacement libre. Les perrons des magasins, les portes des immeubles de bureaux. Tout était pris. Il se tourna vers la façade de l’Olympia, de l’autre côté du boulevard. Il leva la tête, lut le nom en lettres rouges. Les spectateurs commençaient à affluer, se retrouvant, s’interpellant. Il reprit sa marche, traversa une rue. Une moto aux couleurs pastel passa doucement devant lui, tournant en direction de la Concorde. La combinaison et le casque laissaient deviner la silhouette et la chevelure d’une jeune fille. Elle lui fit un petit signe de tête. Il lui fit un signe de la main, mais elle était déjà loin. Il était heureux de ce petit signe de tête. Le banc qu’il espérait libre sans l’espérer ne l’était pas. Il continua. Il avait du mal à respirer. Comme souvent le soir. Il s’appuya, dos au mur d’un immeuble, près de la porte, où une plaque annonçait un établissement financier. Il se laissa glisser, se retrouva assis par terre. Il pensa à la chanson de Souchon : “assis par terre comme ça”. Il n’y avait pas que lui, assis par terre comme ça, c’était une certitude, il avait raison, Souchon. Il avait du mal à respirer. Il irait voir Souchon à l’Olympia dès qu’il en aurait l’occasion. Il avait du mal à respirer. Il ferma les yeux. Il avait du mal à respirer et son cœur battait bizarrement vite. La fille lui avait fait un petit signe de tête. Elle avait peut-être vu son signe de la main en réponse dans son rétroviseur ? Il avait du mal à respirer et son cœur battait de plus en plus vite. Allô maman, bobo. Souchon à l’Olympia, il ne le raterait pas. Il s’endormit sur cette promesse.

© Shaki Pelott 2014.
Photographie : Shaki Pelott.

samedi 14 juin 2014

Cicatrices d'Europe


La lecture du livre d'Amélie Gahète est une plongée dans un passé récent et terrible. L'éclatement de la Yougoslavie a été l'occasion pour les brutes de service, chancres-chantres de la haine et de l'intolérance, d'imposer la violence et la barbarie d'une guerre annoncée à des populations désemparées. Les frères européens, hébétés, et qui n'avaient pas même l'excuse de la surprise, se sont révélés impuissants à empêcher une horreur que l'on imaginait bannie. "Nos cicatrices" est une plongée dans cette histoire tragique à travers des destins singuliers. Cicatrices bien réelles, physiques et morales, de tous ceux qui ont souffert dans cette guerre, et cicatrices éthiques d'une Europe qui ne les effacera jamais.
Vous pouvez vous procurer ce livre ici.

samedi 10 mai 2014

L'âge de l'eau : l'abri de l'autre côté

Photographie : Alexandra. Merci à elle de m'avoir autorisé à la publier ici.
Série inspirée par l'univers des jeux Myst et Riven.

mardi 6 mai 2014

Amis imparfaits


Le livre de Serge Cazenave "Amis imparfaits" sera publié le 12 juin 2014. Il est disponible en pré-commande dès maintenant ici.
Il rassemble plusieurs nouvelles au café très noir, sans sucre. Mais aussi une passionnante incursion dans les souvenirs de Serge au temps où certains espéraient trouver la plage sous les pavés : là encore, pas question de nostalgie en lumière douce, mais bien d'un récit éclairé à la lumière noire des malentendus amers et des illusions perdues. Fort et sombre.